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Les Dentellières
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les pierres guérisseuses et les
souvenirs d'antan...
La
confection de dentelle au carreau – dite dentelle du Puy – a été
une activité soutenue dans tout le Velay de l’Ancien Régime jusqu’au
milieu du XXe siècle, notamment dans les campagnes. Pratiquement
toutes les femmes savaient travailler au carreau. L’apprentissage
se faisait très tôt de mère à fille ou de grand-mère à petite-fille
; les béates* (voir notre article) participaient
également à cette initiation des fillettes. On confectionnait
de la dentelle quasiment jusqu’à la mort et il était fréquent
de voir de vieilles femmes aux yeux et aux doigts usés en faire
encore. La confection de dentelle procurait aux femmes un maigre
complément de revenus pour le foyer, mais elles étaient quand
même fières de ce « petit salaire » qui ne devait rien à leur
homme. Dans les années 1950, l’essor de la dentelle mécanique
a entraîné une baisse de la demande de dentelle au carreau ; de
nombreuses dentellières se sont alors tournées vers la confection
de gants au crochet.
Les après-midi
d’été, les dentellières se réunissaient dehors, au soleil et à
l’abri du vent, pour travailler : elles faisaient « couvige ».
En hiver, elles s’installaient dans l’Assemblée ou bien se retrouvaient
en soirée chez l’une d’elles auprès du feu. Assises sur une chaise
basse à haut dossier, elles posaient au centre d’un petit guéridon
le « chaleil» (lampe à huile) dont la lumière se diffusait au
travers d’une boule de verre (ou bouteille) remplie d’eau. Cela
permettait d’éclairer, en faisant loupe, juste l’endroit du carreau
sur lequel elles piquaient la dentelle. Les couviges constituaient
des moments plutôt joyeux d’échanges et de convivialité, qui rompaient
avec la dureté et la monotonie de la vie de l’époque ; ils étaient
parfois entrecoupés de prières.
Dans chaque
canton, il y avait des « leveuses » de dentelles dont le rôle
était de collecter la dentelle pour approvisionner les négociants
du Puy. Les dentellières de la commune de Présailles apportaient
leur ouvrage aux leveuses du Monastier-sur-Gazeille. Après avoir
payé leur dû aux dentellières, les leveuses leur remettaient des
écheveaux de lin et des cartons pour de nouveaux modèles, et leur
prodiguaient quelques conseil pour améliorer leur ouvrage. Les
rencontres avec la leveuse leur apportaient des nouvelles des
autres couviges.
Le carreau : Support ou métier permettant
de confectionner la dentelle. On le posait sur les genoux, les
pieds rehaussés sur un petit banc en été ou une chaufferette en
hiver. On peut voir les fuseaux, les épingles, le carton et le
fil. A Présailles, on utilisait surtout du fil de lin. Le carreau
était remis aux filles vers l’âge de douze ans ; elles le gardaient
jusqu’à leur mort.
Le
carton : C’est le patron sur lequel est perforé
le modèle de la dentelle à exécuter. Il indique à la dentellière
les points à exécuter autour d’épingles enfoncées dans les trous
du carton. Pour bobiner le lin sur les fuseaux, les dentellières
se servaient d’un rouet en bois.
La
planchette : Au fur à mesure de sa confection et pour
qu’elle ne se froisse pas, la dentelle au mètre était enroulée
autour d’une petite planchette finement sculptée, généralement
offerte par le fiancé ou l’amoureux. Le travail était payé selon
une mesure ancienne, l’aune, qui valait environ 120 cm. On mesurait
la dentelle à l’aide d’une planchette étroite d’une demi-aune
(la mezzaoune).
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